Les secrets du seigle, partie 1 – Et si le seigle hybride devenait votre troisième culture?  

Par Nadine Bachand

Pendant des années, le seigle est resté discret dans le paysage agricole québécois. Pourtant, depuis quelque temps, il revient de plus en plus souvent dans les discussions entre producteurs. Pourquoi? Parce qu’il répond à plusieurs préoccupations bien actuelles : diversifier la rotation maïs-soya, mieux protéger les sols, répartir les travaux sur la saison… et, de plus en plus, parce qu’un marché est en train de se structurer.

Chez Terre à table, cet intérêt est suffisamment marqué pour que nous ayons lancé, cet été, une cohorte de producteurs en Mauricie consacrée au seigle hybride d’automne.

Plus qu’un rendement

Quand on demande aux producteurs pourquoi ils s’intéressent au seigle hybride, ils parlent rarement du rendement en premier. Ils parlent plutôt de ce que cette culture leur permet de faire: récolter plus tôt, implanter une culture de couverture, épandre du fumier dans de meilleures conditions, briser la rotation maïs-soya, mieux contrôler les mauvaises herbes, valoriser la paille. Autrement dit, le seigle apporte de la flexibilité.

Évidemment, le rendement demeure important. Dans de bonnes conditions, le seigle hybride peut produire autour de 7 t/ha, mais lorsqu’on apprivoise la culture ou dans des sols moins propices, plusieurs producteurs considèrent plutôt des rendements de 5 à 6 t/ha comme un objectif réaliste.

Une culture qui suscite la curiosité

Dans la cohorte, certains cultivent déjà du seigle depuis plusieurs années et veulent maintenant passer à l’hybride. D’autres n’en ont jamais produit, mais souhaitent tester une nouvelle option dans leur rotation. Quelques-uns y voient surtout une façon de réduire la pression des mauvaises herbes, d’autres recherchent une meilleure survie hivernale que le blé d’automne. Pour plusieurs, la valeur de la paille représente aussi un argument intéressant.

Bref, chacun arrive avec ses propres objectifs, mais tous cherchent la même chose : une rotation plus résiliente.

Le marché : la pièce manquante du casse-tête

S’il y a un sujet qui revient dans presque toutes les conversations, c’est celui des débouchés. Les producteurs sont prêts à essayer le seigle hybride, mais ils veulent savoir à qui ils pourront le vendre. C’est précisément l’objectif de la démarche de Terre à table : accompagner les producteurs sur le plan agronomique, tout en créant des liens avec les fabricants d’aliments, les acheteurs et le secteur porcin afin que le développement de la production s’appuie sur un marché réel. Parce qu’une culture prometteuse a beaucoup plus de chances de s’implanter lorsqu’elle s’inscrit dans une filière bien structurée.

Dans le prochain article de notre série Les secrets du seigle, nous irons justement à la rencontre de cette chaîne d’approvisionnement en construction et découvrirons pourquoi le secteur porcin s’intéresse de plus en plus au seigle hybride.

  • Partie 2 — Qui achètera le seigle? Dans les coulisses d’une nouvelle filière québécoise
  • Partie 3 — Du Québec à l’Ontario : pourquoi le seigle hybride gagne du terrain