Sur le terrain avec Agrinova : un modèle privé de rétribution pour soutenir l’avoine durable
Par Shamaïla Basharat
Connaissez-vous la première initiative privée de primes aux producteurs pour l’intégration de pratiques agroenvironnementales dans le secteur des grains au Québec ?
Il s’agit du Programme de rétribution des pratiques agroenvironnementales dans la culture de l’avoine, développé par PepsiCo (Quaker), dont le déploiement est confié à Agrinova. Nous en avons discuté avec Pierre Remillard, agronome et coresponsable du programme, lors d’une visite chez Agrinova ce printemps.
Cette collaboration prolonge le travail qu’Agrinova mène depuis 30 ans dans le paysage agricole québécois. Fondée en 1996 par le Collège d’Alma et reconnue comme centre collégial de transfert de technologie (CCTT), l’organisation a réalisé plus de 2 000 projets au Québec et à l’international. Ses quelque 30 spécialistes, répartis entre Alma, Lévis, Sainte-Croix-de-Lotbinière et Mashteuiatsh, interviennent sur des enjeux variés, du stockage de pommes de terre au biochar, en passant par la production laitière, les grandes cultures et l’agriculture nordique. Toujours avec la même approche : partir des besoins du terrain, tester des solutions concrètes et accompagner leur mise en œuvre.

Un premier programme privé de rétribution
Au Québec, plusieurs programmes publics soutiennent déjà l’adoption de pratiques agroenvironnementales. Celui développé avec PepsiCo se distingue par son caractère privé : il s’agit du seul porté par une entreprise agroalimentaire dans le secteur des grains au Québec. Celui-ci reconnaît des pratiques durables indépendamment de toute relation commerciale. En effet, les producteurs ne sont pas tenus de vendre leur avoine à PepsiCo (Quaker) pour y participer.
Lancé en 2024 auprès de 9 entreprises agricoles québécoises, il s’est élargi à une trentaine de fermes en 2025, au Québec et au Nouveau-Brunswick. L’objectif pour 2026 est d’atteindre 70 entreprises participantes dans les deux provinces, pour une couverture de 14 500 acres d’avoine au Québec, soit plus de 10% des superficies cultivées dans la province. À terme, le programme vise à couvrir un bassin d’approvisionnement équivalent aux volumes achetés annuellement par Quaker au Québec.
Une structure à deux niveaux
Le programme repose sur deux niveaux de rétribution : 20 $ par acre pour une pratique de niveau 1 et 30 $ pour une pratique de niveau 2, considérée comme “plus avancée”. La prime porte sur une seule pratique par champ et par année, que le producteur peut renouveler en adoptant une nouvelle pratique ou en faisant évoluer celle déjà en place vers une approche plus avancée. Pour Agrinova, cette structure vise à accompagner les producteurs agricoles tout en stimulant une démache d’amélioration continue.
À titre d’exemple, le niveau 1 inclut des pratiques comme le travail du sol réduit ou l’implantation de cultures de couverture simples. Le niveau 2 vise des approches comme les couverts multi-espèces, les rotations de plus de quatre ans ou le semis sous couvert végétal.
Mesurer pour suivre les progrès
Pour documenter les pratiques et évaluer les changements dans le temps, le programme s’appuie sur une logique MRV (mesurer, rapporter, vérifier). Cette démarche repose sur l’établissement d’un portrait initial servant de référence pour mesurer l’évolution des pratiques. Un cadre de référence, adapté aux trois types d’entreprises que sont la production laitière, les autres productions animales et les grandes cultures, permet d’établir un point de départ adapté à chaque secteur. Les données sont ensuite validées avec Agrinova, qui assure le lien entre les besoins de documentation de PepsiCo et les réalités du terrain.
Une ouverture pour d’autres chaînes d’approvisionnement
Ce programme montre ce qui peut émerger lorsqu’une entreprise agroalimentaire choisit d’agir directement en amont de sa chaîne d’approvisionnement, en s’appuyant sur un partenaire de recherche appliquée ancré dans le terrain.
“Les producteurs apprécient le programme parce qu’il est simple, accessible, et qu’il reconnaît concrètement les pratiques mises en place. C’est un modèle qui ouvre des possibilités intéressantes pour d’autres cultures au Québec.” – Pierre Remillard, Agrinova
Pour d’autres filières au Québec, l’expérience menée dans l’avoine ouvre une piste prometteuse pour soutenir l’adoption de pratiques agroenvironnementales. Elle montre qu’un incitatif financier clair peut en devenir le point de départ, et qu’en y associant un accompagnement technique et éventuellement des espaces d’échange entre producteurs, ce type de modèle peut gagner encore plus de portée.






