Le financement agricole durable passe du discours au terrain
Un projet sur le rôle des prêteurs, des entreprises et des producteurs dans la transition agricole en Ontario
Par Linsey Van Koppen
Terre à table collabore avec Financement agricole Canada (FAC), l’Ontario Soil Network (OSN) et l’Environmental Defense Fund (EDF) dans le cadre d’un projet visant à développer des approches concrètes pour le financement agricole durable en Ontario, avec un accent particulier sur les enjeux de qualité de l’eau dans les Grands Lacs.
Le projet cherche à mieux comprendre comment les mécanismes de financement agricole et les programmes portés par les chaînes d’approvisionnement peuvent se compléter pour accélérer l’adoption de pratiques agricoles résilientes et régénératrices, au bénéfice des fermes comme des bassins versants.
Pour Terre à table, cette collaboration marque une reconnaissance importante: les prêteurs, les entreprises alimentaires, les agro-industries et les producteurs agricoles ont tous un rôle à jouer dans la construction d’un système agroalimentaire plus résilient.
Quand le financement devient un levier de transition
Les producteurs agricoles évoluent dans un contexte de plus en plus complexe: hausse des coûts, risques climatiques, pression pour produire de façon plus durable. Or, l’agriculture demeure un secteur fortement capitalisé. L’achat de terres, d’équipements, d’infrastructures et l’adoption de nouvelles pratiques exigent souvent un accès au crédit.
C’est là que le financement agricole peut devenir un levier de durabilité. En offrant des incitatifs adaptés, de l’accompagnement et des conditions alignées sur les réalités des fermes, les institutions financières peuvent contribuer à réduire les risques liés à la transition et soutenir l’adoption de pratiques qui améliorent la santé des sols, la qualité de l’eau et la résilience des entreprises agricoles.
Un virage déjà amorcé
Du côté des institutions financières, la durabilité est de plus en plus reconnue comme un enjeu économique et de gestion des risques. FAC offre déjà différents programmes, dont son Programme d’incitatifs aux pratiques durables. Lancé en 2022 avec des partenaires des chaînes d’approvisionnement, il permet aux producteurs de recevoir jusqu’à 4000 $ par année pour l’adoption de pratiques durables. FAC déploie maintenant une démarche plus structurée à travers son nouveau Cadre de finance durable, accompagné d’un engagement à investir 1,9 milliard de dollars en financement durable d’ici 2030.
Ce cadre vise à soutenir la transition vers des systèmes agricoles et alimentaires plus résilients, productifs et durables, notamment par des pratiques liées à la santé des sols, à la qualité de l’eau, à la résilience climatique, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à la biodiversité.
Une responsabilité partagée
L’intérêt du projet mené en Ontario tient précisément à cette intersection: la ferme, l’entreprise, le prêteur et la région / le paysage/ le territoire.
Dans les bassins versants des Grands Lacs, les pratiques agricoles ont une incidence directe sur la qualité de l’eau. Mais les changements de pratiques ne peuvent pas reposer uniquement sur les épaules des producteurs. Ils exigent du temps, du support technique, des débouchés commerciaux, une reconnaissance du risque et des mécanismes financiers adaptés.
C’est aussi là que les programmes des chaînes d’approvisionnement peuvent jouer un rôle complémentaire. Les entreprises alimentaires qui dépendent d’un approvisionnement stable ont intérêt à soutenir des systèmes de production plus résilients. De leur côté, les prêteurs peuvent contribuer à créer les conditions financières qui rendent ces transitions plus accessibles.
Financer ce que l’on dit vouloir bâtir
L’agriculture durable ne peut pas être demandée aux producteurs sans que les conditions de marché, de financement et d’accompagnement suivent. En effet, on ne peut pas exiger des agriculteurs qu’ils portent seuls une transition qui profite à l’ensemble de la chaîne agroalimentaire.
Le projet avec FAC, l’OSN et EDF s’inscrit dans une logique de responsabilité partagée. Il reconnaît que les pratiques agricoles durables doivent être soutenues par une combinaison de leviers: financement, accompagnement agronomique, programmes d’approvisionnement, mesure des retombées et collaboration à long terme.
Le financement agricole durable ne réglera pas tout. Mais il peut devenir l’un des outils structurants pour accélérer la transition vers des fermes plus résilientes, des chaînes d’approvisionnement plus solides et des bassins versants mieux protégés.






