Sur le terrain avec le Soil Health Institute – Apporter de la clarté à la science sous nos pieds
À l’occasion de la Journée mondiale des sols, nous prenons un moment pour rappeler que les sols fournissent 95 % de l’alimentation mondiale. Disposer de solides connaissances sur ce qui se passe sous nos pieds est essentiel pour bâtir des systèmes alimentaires résilients, et nos collègues du Soil Health Institute (SHI) contribuent activement à faire avancer le secteur.
Lors d’une séance d’apprentissage organisée par Terre à table le mois dernier, Cameron Ogilvie, éducateur au sein du SHI basé à Guelph en Ontario, expliquait que la santé des sols a longtemps été « un concept flou et difficile à mesurer ». Depuis dix ans, cet organisme scientifique à but non lucratif s’emploie à faire passer la santé des sols d’une idée abstraite en un domaine que les producteurs, conseillers et acteurs de la chaîne de valeur peuvent mieux mesurer, interpréter et utiliser.
D’un concept flou à une base concrète
Pour comprendre pourquoi mesurer la santé des sols est un défi, Cameron nous a invités à réfléchir aux parallèles entre la santé humaine et la santé des sols. Aucun médecin ne pourrait évaluer notre état de santé global à l’aide d’un seul test. De même, aucun indicateur isolé ne peut révéler à lui seul la « santé » d’un sol. À l’image du corps humain, les sols sont des systèmes biologiques, chimiques et physiques complexes dont les « signes vitaux » ne prennent sens que lorsqu’ils sont interprétés ensemble.
Et à quoi ressemble un sol en bonne santé ?
Cameron l’explique ainsi : « Nous considérons qu’un sol est sain lorsqu’il fournit toutes les fonctions dont nous dépendons ».
Qu’il s’agisse du cycle de l’eau et des nutriments, de la régulation des ravageurs et des maladies, de la stabilité physique, de la filtration des polluants ou du maintien d’un habitat pour les organismes du sol, un sol en santé est un sol capable de soutenir ces fonctions, dans les limites permises par ses propriétés intrinsèques, comme la texture.
Cette vision fonctionnelle est au cœur du travail du SHI et explique pourquoi ses recherches résonnent si largement dans le secteur agroalimentaire auprès de celles et ceux qui cherchent des moyens fiables et pratiques de renforcer la résilience.
Rendre la santé des sols mesurable
À ses débuts, le SHI a dirigé l’une des études les plus ambitieuses sur la santé des sols en Amérique du Nord : le North American Project to Evaluate Soil Health Measurements (NAPESHM). En travaillant sur 124 sites expérimentaux à long terme au Canada, aux États-Unis et au Mexique, l’équipe a évalué plus de 30 mesures du sol pour identifier celles qui ont un impact réel.
Leurs critères de sélection étaient clairs : des indicateurs utilisables à grande échelle dans toutes les régions, accessibles et peu coûteux pour les laboratoires et les gestionnaires de terres. Cette démarche a mené à cibler quatre indicateurs essentiels permettant de dresser un portrait cohérent et fonctionnel de la santé des sols :
- Carbone organique du sol
- Potentiel de minéralisation du carbone
- Stabilité des agrégats
- Capacité de rétention en eau disponible
À partir de là, le SHI a développé des outils pour rendre ces indicateurs utilisables sur le terrain. L’application mobile Slakes permet aux producteurs d’évaluer la stabilité des agrégats directement dans le champ, sans recourir à un laboratoire. Et grâce à des efforts régionaux de référencement (benchmarking) – construits sur une approche collaborative où chaque nouveau participant renforce la base de données — le SHI aide les producteurs à comparer leurs résultats à des sols de référence locaux et à mieux comprendre le potentiel d’amélioration de leurs sols.
Pourquoi le travail du SHI compte pour le secteur
Pour les producteurs qui cherchent à renforcer leur résilience face à la sécheresse, à la variabilité climatique et à la hausse des coûts des intrants, disposer de mesures claires de la santé des sols est un outil essentiel. Le travail du SHI fait le pont entre la science et la pratique : il offre à l’ensemble du secteur, des producteurs aux conseillers — en passant par les partenaires de la chaîne d’approvisionnement — un langage commun, des outils plus solides et des moyens plus fiables pour suivre les progrès en agriculture régénératrice.
En cette Journée mondiale des sols, Terre à table reconnaît et apprécie le travail réalisé par le SHI et par d’autres partenaires internationaux qui font progresser la science de la santé des sols.






