Les secrets du seigle partie 2 – Qui achètera le seigle?
Dans les coulisses d’une chaîne d’approvisionnement en construction
Par Yourianne Plante
Dans le premier article de cette série, nous nous sommes placées du point de vue des producteurs pour évaluer le potentiel d’intégration du seigle hybride d’automne comme troisième culture dans la rotation maïs-soya. Mais au-delà de ses avantages agronomiques, pour qu’une culture s’implante durablement, il faut aussi qu’un secteur soit prêt à l’intégrer à ses opérations.
La poule ou l’œuf?
Pour un producteur, semer une culture encore peu répandue sans connaître le débouché représente un grand risque. Pour un acheteur, modifier une formulation sans garantie de volume en représente un autre. Chacun attend donc un signal de l’autre : les producteurs veulent voir une demande, tandis que les acheteurs attendent une offre suffisante et régulière.
Pour dénouer ce blocage, il faut réunir les producteurs, les conseillers, les centres de grains, les fabricants d’aliments, les éleveurs et les transformateurs, puis rendre visibles les contraintes de chacun.
Apprendre à collaborer
C’est dans cet esprit que Terre à table coordonne le projet « 1 000 tonnes ». L’objectif est de bâtir, d’ici 2028, un premier volume structurant de seigle hybride d’automne destiné à l’alimentation porcine produit par les membres de la cohorte en Mauricie. Si mille tonnes ne transformeront pas à elles seules le marché québécois des grains, le chiffre sert de point de ralliement pour passer des intentions aux décisions.
Plusieurs questions restent à trancher :
- Combien d’hectares faudra-t-il semer?
- Où le grain sera-t-il entreposé? Quels critères de qualité devra-t-il respecter?
- Comment sera-t-il intégré aux rations?
- Quel prix conviendra aux producteurs comme aux utilisateurs?
- Et comment partager le risque?
Un comité de travail se penche actuellement sur la logistique, la formulation des moulées, la qualité du grain et les conditions économiques. Ce premier volume a été identifié comme point de départ pour tester la circulation réelle du grain, du champ jusqu’à son utilisation, avant d’envisager un passage à plus grande échelle.
Créer une demande plutôt que l’attendre
Le potentiel agronomique et environnemental du seigle est bien documenté. Il garde les sols couverts durant l’hiver, diversifie les rotations et ouvre une fenêtre pour implanter une culture de couverture après la récolte. En alimentation porcine, il peut remplacer une partie du maïs. Mais dans un marché aux marges très serrées, ces avantages ne viennent pas détrôner la simplicité opérationnelle du maïs.
La demande se construit donc lorsque les utilisateurs précisent leurs besoins, que les intermédiaires rendent la logistique possible et que les producteurs peuvent planifier avec confiance. Si la collaboration n’efface pas le risque, elle permet de mieux le répartir.
Une filière à bâtir par étapes
Le seigle hybride d’automne ne deviendra pas une troisième culture partout, ni du jour au lendemain. Il devra démontrer sa valeur agronomique, économique et opérationnelle dans plusieurs contextes. La réponse rapide des producteurs à la cohorte en Mauricie et l’intérêt du secteur porcin indiquent toutefois qu’il existe un espace pour avancer.
La prochaine récolte ne livrera pas toutes les réponses. Elle peut néanmoins fournir les données, les volumes et les relations nécessaires pour franchir une première étape.
La suite se construira au fil des récoltes, mais surtout à mesure que chacun trouvera sa place dans cette nouvelle filière.
- Partie 1 — Et si le seigle hybride devenait votre troisième culture?
- Partie 3 — Du Québec à l’Ontario : pourquoi le seigle hybride gagne du terrain






