Sur le terrain avec Canards Illimités Canada
Par Stacie Irwin
Les entreprises et les organismes à but non lucratif qui travaillent en agriculture durable comprennent de plus en plus l’importance de la biodiversité pour la résilience des paysages. Mais devant la multitude de façons de la mesurer, par où commencer?
C’est l’une des questions centrales abordées lors d’un récent lunch and learn de la Communauté d’apprentissage et d’action Building Bridges (CoLA), en compagnie de James Paterson, chercheur scientifique à Canards Illimités Canada (CIC).
James y a présenté l’outil de cartographie et d’évaluation de la biodiversité. Celui-ci vise à mieux comprendre les bénéfices potentiels des activités de conservation et de restauration des paysages agricoles canadiens, grâce à une carte interactive qui permet aux utilisateurs d’explorer les espèces d’un secteur ciblé.
L’équipe scientifique de CIC utilise aussi à l’interne un logiciel de modélisation plus poussé, qui simule des scénarios sur mesure pour évaluer l’effet potentiel des interventions de conservation et de restauration sur la biodiversité.
Les échanges ont porté sur un sujet clé pour notre communauté : comment les organisations peuvent-elles tirer parti de mesures de la biodiversité de plus en plus pointues pour développer des cas d’usage qui aident les producteurs, les entreprises agroalimentaires et les autres acteurs soucieux de la biodiversité des paysages canadiens à poser des gestes concrets et bien ciblés?
Passer du décompte des hectares à celui des espèces
Plusieurs normes de durabilité agricole et de cadres corporatifs en matière de biodiversité mesurent les progrès à l’aide d’indicateurs comme les hectares de milieux humides restaurés ou les acres d’habitat protégé. C’est un point de départ utile, mais ces indicateurs ne disent pas tout de ce que les changements dans le paysage signifient réellement pour la biodiversité.
L’outil de cartographie de CIC aide à combler cette lacune. En combinant observations d’espèces, couverture du sol et données climatiques, il prédit l’habitat propice à des centaines d’espèces d’oiseaux, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles. En modélisant des changements de couverture du sol, comme la restauration de milieux humides ou la conversion de terres cultivées marginales en couvert végétal permanent ayant le potentielde devenir un habitat, l’outil peut estimer dans quelle mesure les activités de conservation augmentent le nombre d’espèces qu’un paysage peut accueillir.
Ce complément aux indicateurs traditionnels fondés sur la superficie éclaire davantage les bénéfices potentiels pour la biodiversité et permet de raconter une histoire plus complète. En effet,quelles espèces pourraient profiter des changements d’utilisation des terres et des investissements en durabilité?
Savoir par où commencer : l’une des étapes les plus difficiles
La discussion a montré que de nombreux partenaires corporatifs s’intéressent à l’effet que leurs activités peuvent avoir sur la biodiversité des paysages où ils sont implantés, mais que la plupart n’ont pas encore de cibles bien définies en la matière. Contrairement au carbone ou à d’autres indicateurs environnementaux mieux établis, les entreprises manquent souvent de méthodes claires et normalisées pour évaluer leurs progrès en biodiversité, ce qui rend le passage à l’action plus difficile.
James a insisté sur l’importance de la collaboration entre les chercheurs et les organisations qui élaborent des programmes de durabilité agricole. Pour concevoir des mesures utiles, il est essentiel de comprendre ce que les entreprises veulent accomplir et quelles informations elles peuvent réellement utiliser.
Le travail de CIC offre une piste possible. Plutôt que d’attendre des indicateurs de biodiversité universellement reconnus, CIC procède par étape en commençant à combiner les mesures d’habitat conservé ou restauré avec des estimations de l’évolution de l’habitat propice à la faune.
L’équilibreentre rigueur scientifique et capacité d’agir
La biodiversité à l’échelle du paysage est un concept complexe et aucun indicateur ne peut, à lui seul, rendre compte de tous les aspects des changements écologiques. L’outil de CIC prédit la qualité de l’habitat plutôt que de confirmer la présence des espèces, visant à évaluer les changements de couverture du sol et non à mesurer les effets de pratiques agricoles précises sur la biodiversité.
À mesure que la science progresse, le nombre d’indicateurs de biodiversité possibles peut lui-même devenir un frein à l’action. James encourage les approches qui concilient crédibilité scientifique et utilité pratique. Plutôt que de multiplier des modèles sans application claire, chercheurs et praticiens de la durabilité peuvent travailler ensemble afin de cerner des mesures assez solides pour éclairer les décisions et assez accessibles pour soutenir l’action.
« Proposez quelque chose de défendable, de transparent et qui trouve écho. » ~ James Paterson
Quand chercheurs, organismes de conservation et entreprises agroalimentaires collaborent, les mesures de biodiversité scientifiquement crédibles, pertinentes pour les partenaires et utiles pour orienter les investissements se dessinent plus clairement.
L’objectif n’est pas de mesurer parfaitement chaque aspect de la biodiversité avant d’agir. Il s’agit plutôt de développer des façons crédibles d’apprendre ensemble, de comprendre les progrès et de favoriser des retombées plus significatives pour la biodiversité dans les paysages agricoles du Canada.
La CoLA, animée par Terre à table, réunit des organismes à but non lucratif, dont des groupes voués aux pratiques biologiques, diversifiées et régénératrices, qui travaillent aux côtés d’entreprises agroalimentaires pour favoriser des systèmes alimentaires résilients et durables partout au Canada. Votre organisme à but non lucratif s’associe à des entreprises agroalimentaires dans des initiatives de transition agricole au Canada et souhaite collaborer avec d’autres OBNL? Écrivez-nous à info@foodbridge.ca pour savoir comment participer.
Ce projet est financé en partie par Agriculture et Agroalimentaire Canada dans le cadre du Partenariat canadien pour une agriculture durable (PCA durable).






