Le phosphore dans les Grands Lacs : un défi de 272 millions de dollars
Terre à table collabore à des projets en Ontario qui ont pour priorité l’amélioration de la qualité de l’eau dans la région des Grands Lacs.
Par Linsey Van Koppen
Pour prévenir les proliférations d’algues nuisibles dans les Grands Lacs, on mise depuis longtemps sur la réduction des surplus d’éléments nutritifs, en particulier du phosphore provenant de sources diffuses. L’une de ces sources est le phosphore épandu comme engrais dans les champs. Il peut s’échapper du sol et rejoindre les cours d’eau par ruissellement et par érosion. Des progrès ont été faits pour réduire les charges de phosphore. Mais la hausse des températures, le phosphore hérité et des conditions météo de plus en plus imprévisibles en raison des changements climatiques compliquent la tâche. Le Rapport sur l’état des Grands Lacs 2025, publié récemment, souligne que les proliférations d’algues nuisibles dans le bassin ouest du lac Érié demeurent une préoccupation importante.
Les pertes d’éléments nutritifs : un enjeu commun
Pour les producteurs de grains, les engrais restent l’une des plus grosses dépenses en intrants. Or, les éléments nutritifs perdus par ruissellement ou par érosion ne profitent pas aux cultures. Mieux utiliser les éléments nutritifs, c’est donc bon à la fois pour la rentabilité des fermes et pour la santé des bassins versants.
Au-delà de la ferme, les surplus d’éléments nutritifs ont des conséquences importantes. Les proliférations d’algues nuisibles peuvent faire grimper les coûts de traitement de l’eau potable, nuire à la pêche commerciale et récréative, faire baisser la valeur des propriétés riveraines et freiner le tourisme et les loisirs. Dans la seule portion canadienne du bassin du lac Érié, leur coût est estimé à 272 millions de dollars par année. Les municipalités, les entreprises et les contribuables assument au final une grande partie de cette facture. La gestion des éléments nutritifs est donc un défi de société, et pas seulement un enjeu agricole.
Quelles solutions?
Chercheurs et organismes de conservation ont recensé un large éventail de pratiques de gestion bénéfiques (PGB) qui aident à réduire les pertes d’éléments nutritifs tout en favorisant la santé des sols. Mais leur mise en œuvre n’est pas simple. Chaque ferme est différente, et une pratique qui fonctionne bien à un endroit ne donnera pas forcément les mêmes résultats ailleurs. Avant d’adopter une PGB, les producteurs doivent tenir compte du rendement agronomique, de l’équipement nécessaire, de la main-d’œuvre disponible, des risques liés à la météo et, surtout, de la rentabilité de leur entreprise.
Pour aider les producteurs à faire ces choix, accélérer l’adoption des pratiques de conservation et trouver les moyens les plus efficaces d’améliorer la qualité de l’eau, il faut une approche systémique. Cela demande trois choses :
- un meilleur suivi à l’échelle du paysage, pour savoir quelles pratiques fonctionnent le mieux selon les conditions ;
- une meilleure coordination des programmes de soutien et de formation existants, pour tirer le maximum des efforts actuels ;
- des partenaires variés, capables de trouver de nouvelles façons de mobiliser les producteurs et de rétribuer leurs efforts.
Aucun organisme ne peut y arriver seul. En réunissant producteurs, chercheurs, organismes de conservation, gouvernements et partenaires de la chaîne d’approvisionnement, on peut harmoniser les efforts, combler les lacunes et développer des approches concrètes. Ces approches rendent la conservation avantageuse pour les producteurs, tout en montrant au public que les investissements donnent des résultats mesurables. Ce travail demande beaucoup de ressources et d’expertise, mais il est essentiel pour garder le phosphore dans les champs, et hors des cours d’eau.
Des approches systémiques
C’est justement ce que fait Terre à table, à travers deux projets collaboratifs.
Agir à l’échelle du bassin versant. Avec The Nature Conservancy / Nature United et d’autres partenaires, Terre à table aide à bâtir une initiative collaborative dans un bassin versant prioritaire de l’Ontario. L’objectif est de réunir les organismes qui offrent déjà des programmes, ainsi que des partenaires de la recherche, du financement et de la chaîne d’approvisionnement. Ensemble, ils pourront aller au-delà des niveaux d’adoption actuels et obtenir des résultats mesurables.
Mobiliser le financement. Avec l’Ontario Soil Network, l’Environmental Defense Fund et Financement agricole Canada, Terre à table met à l’essai le financement agricole comme solution complémentaire. Le but est de lever les obstacles liés au capital et au risque auxquels font face les producteurs du Sud-Ouest de l’Ontario quand ils adoptent des PGB. Ce projet vient compléter les programmes existants de la chaîne d’approvisionnement, dont ceux de partenaires comme PepsiCo.
Pour la suite
Les deux projets cherchent activement des partenaires de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire pour accroître leurs retombées. Les entreprises veulent réduire leur empreinte environnementale : il y a là une réelle occasion de lier directement leurs investissements en approvisionnement durable aux résultats obtenus par les producteurs pour la qualité de l’eau. Protéger les Grands Lacs est une responsabilité partagée. Elle repose sur les producteurs, mais aussi sur une collaboration soutenue entre les gouvernements, les chercheurs, les groupes de conservation et l’industrie.






