Levons notre verre pour la biodiversité
Par Clara Drolet-Lauzon et Nadine Bachand
Et si prendre une bière pouvait contribuer à l’intégration d’une plus grande diversité agricole au champ ? Une terrasse au soleil, le foisonnement des graminées aux alentours : c’est le genre de scène qu’offrent les fermes brassicoles.
Lorsqu’on parle de bière locale, on pense spontanément au houblon. Pourtant, le principal ingrédient de la bière est rarement celui dont on parle le plus : l’orge. L’ajouter dans des rotations de grandes cultures dominées par le maïs et le soya permet d’accroître la biodiversité d’un territoire. Puis, transformer l’orge en malt est le savoir-faire de malteries d’ici telles Caux-Laflamme et Innomalt: trempée, mise à germer, puis séchée, elle développe à cette dernière étape les colorations qui distinguent une blonde d’une brune. Dans le cas des fermes brassicoles, le grain part à la malterie puis leur revient, prêt pour le brassage : la boucle se referme sur place, du sol à la pinte.
La promesse de l’orge d’automne
Si cette culture “de la terre au verre” est marginale au Québec, c’est que produire de l’orge brassicole représente un défi de taille. Membres de notre cohorte sur l’orge, Terre à boire et La Ferme Brasserie Rurale font partie de ces visionnaires qui expérimentent avec les variétés d’automne. Plantées à la fin de l’été et récoltées la saison suivante, les céréales d’automne gardent des racines vivantes dans le sol presque toute l’année. Résultat : moins d’érosion, moins de ruissellement vers les cours d’eau, et un sol plus fertile à long terme.
La diversification des cultures engendre la diversité des microorganismes dans le sol, ce qui favorise un écosystème souterrain plus riche et résilient. Cultiver de l’orge, particulièrement de l’orge d’automne, c’est une action concrète pour favoriser la biodiversité dans les champs. Bien que les premiers essais d’orge d’automne ne semblent pas altérer le goût du malt, davantage d’expérimentation demeurent nécessaires pour confirmer ces résultats.
Une culture risquée et peu valorisée
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, toutes les orges ne finissent pas dans une pinte. Il s’agit d’une culture capricieuse, et l’obtention du grade brassicole, indispensable pour que les malteries l’achètent, selon des critères précis : un bon taux de protéines, une capacité de germination et une taille optimale, entre autres. Quelques épisodes de pluie au mauvais moment, une récolte plus difficile ou un entreposage imparfait peuvent suffire à compromettre sa qualité. Et lorsque l’orge ne rencontre pas les standards recherchés par les malteries ou les brasseurs, elle est souvent redirigée vers l’alimentation animale, beaucoup moins rentable pour le producteur.
Pour les agriculteurs, le pari est donc risqué. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Québec peine encore à bâtir une filière d’orge brassicole robuste, malgré un intérêt grandissant pour les ingrédients locaux. Alors que l’intérêt pour les produits locaux semble s’imposer, même dans une bière brassée ici, le malt tend à provenir, en grande majorité de l’extérieur du Québec . Dans ce contexte, l’agrotourisme brassicole devient donc une manière concrète de renouer avec ce qui se passe dans nos champs.
Cet été, dans vos découvertes régionales, ajouter un arrêt dans une ferme brassicole peut représenter bien plus qu’une halte rafraîchissante. C’est une occasion de soutenir des entreprises locales qui misent sur la proximité, l’expérimentation et la biodiversité. Voici une liste non-exhaustives des fermes brassicoles du Québec :
- La Chouape, Saint-Félicien, Saguenay–Lac-Saint-Jean
- La Ferme Brasserie Rurale, Shefford, Estrie
- Terre à boire, St-Blaise-sur-Richelieu, Montérégie
- Ferme Brasserie Schoune, Saint-Polycarpe, Montérégie
- Domaine Berthiaume, Saint-Jean-sur-Richelieu, Montérégie
- Ferme Chasseur Cueilleur, Trois-Rivière, Mauricie
- Ferme du Tarieu, Sainte-Anne-de-la-Pérade, Mauricie
- La Grange Pardue, Ham-Nord, Centre-du-Québec
- Frampton Brasse, Frampton, Chaudière-Appalaches






