Le seigle hybride d’automne : une opportunité pour les filières porcine et céréalière du Québec
De la recherche à la mobilisation
Terre à table travaille avec des producteurs de grains, l’Université Laval, Les Éleveurs de porcs du Québec, le MAPAQ, le Groupe Cérès et les Producteurs de grains du Québec afin d’explorer comment le seigle hybride d’automne pourrait devenir un ingrédient plus largement utilisé dans l’alimentation porcine au Québec. Le projet repose sur une opportunité stratégique : remplacer une partie du maïs actuellement utilisé dans les moulées par une culture pouvant soutenir des rotations diversifiées, réduire les impacts environnementaux et créer de nouveaux débouchés pour les producteurs de grains.
Partout au Canada, le maïs demeure un ingrédient important dans l’alimentation porcine et une culture centrale dans plusieurs rotations. Pour les filières porcine et céréalière, cette réalité soulève un défi concret. L’alimentation animale représente une part importante de l’empreinte environnementale de la production porcine, tandis que les producteurs de grains cherchent des cultures permettant de mieux protéger les sols, de répartir les travaux aux champs sur une plus longue période et de renforcer la résilience des fermes.
Semé à l’automne et récolté au milieu de l’été, le seigle hybride d’automne offre un couvert hivernal, contribue à réduire l’érosion et les pertes de nutriments, et permet d’implanter des cultures de couverture après la récolte. Les nouvelles variétés hybrides présentent aussi un meilleur potentiel de rendement et ont été développées pour réduire le risque d’ergot, un enjeu de qualité important pour les producteurs de grains comme pour les utilisateurs en alimentation animale. Si son potentiel agronomique est de plus en plus clair, le marché autour du seigle n’est pas structuré pour que les producteurs, les meuneries et les acheteurs puissent l’adopter avec confiance.
Un intérêt environnemental et économique
En 2025, Terre à table a contribué à un projet de recherche mené par l’Université Laval, en partenariat avec le CDPQ, KWS, le Groupe Cérès, le CÉROM et le MAPAQ. L’initiative a permis d’analyser le seigle hybride d’automne sous plusieurs angles, dont l’agronomie, l’économie, la performance environnementale et son intégration dans l’alimentation porcine.
L’analyse de cycle de vie réalisée dans le cadre de ces travaux a démontré que le seigle hybride d’automne présente un impact environnemental inférieur à celui du maïs par kilogramme de moulée. Elle a aussi montré que le remplacement d’une partie du maïs utilisé dans les rations porcines par du seigle pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre associées de cette production. Ces résultats relient une décision de grande culture à un objectif sectoriel plus large : diminuer l’empreinte environnementale du porc tout en maintenant une stratégie d’alimentation viable.
Le projet a aussi mis en lumière la logique économique et agronomique du seigle. Cette culture peut s’intégrer aux rotations maïs-soya, contribuer à réduire la dépendance aux intrants et mieux protéger les sols durant les périodes où ils seraient autrement plus vulnérables. Pour les producteurs, le seigle peut soutenir des rotations plus résilientes tout en ouvrant la porte à un marché différencié, à condition que la filière soit prête à l’intégrer de façon structurée.
Des producteurs prêts à intégrer le seigle
La recherche a permis de clarifier l’opportunité; il fallait ensuite voir si les producteurs étaient prêts à la tester dans des conditions réelles. Terre à table a récemment lancé un appel aux producteurs intéressés à joindre une nouvelle cohorte sur le seigle hybride d’automne en Mauricie. Les 15 places disponibles se sont remplies rapidement, confirmant que l’intérêt est bien présent lorsque l’opportunité est clairement liée à un potentiel agronomique et commercial.
La cohorte accompagnera les producteurs dans l’intégration du seigle hybride d’automne à leurs rotations, avec un accès à de l’expertise technique, à de l’apprentissage entre pairs et à des discussions sur les conditions de marché. Elle permettra aussi de documenter les enjeux concrets d’adoption : choix variétal, régie de culture, critères de qualité, moment de récolte, entreposage, logistique et attentes de prix.
Organiser le marché autour du momentum
Le travail de Terre à table passe maintenant de la recherche à la mobilisation de la chaîne d’approvisionnement. L’objectif est de contribuer à créer les conditions qui permettraient au seigle hybride d’automne de circuler plus facilement dans les filières porcine et céréalière du Québec, non pas comme un projet-pilote, mais comme un ingrédient crédible, soutenu par les producteurs, les acheteurs et les partenaires sectoriels.
Cela signifie cartographier la chaîne de valeur, identifier les barrières logistiques et contractuelles, et développer des outils pratiques pour soutenir des ententes entre producteurs de grains, meuneries, coopératives, éleveurs de porcs et transformateurs. Les engagements de volumes, les spécifications de qualité, les mécanismes de prix, les capacités d’entreposage et le partage des risques devront être abordés si le seigle doit passer d’une culture prometteuse à un ingrédient fiable.
Le seigle hybride d’automne ne réglera pas tous les défis des filières céréalière et porcine. Il offre plutôt une voie concrète d’amélioration : des rotations plus diversifiées, des stratégies d’alimentation à plus faible empreinte carbone, une meilleure protection des sols et des chaînes d’approvisionnement régionales plus résilientes. La réponse rapide à la cohorte de producteurs en Mauricie montre qu’il existe un élan sur lequel bâtir. Maintenant que l’opportunité est mieux définie, la prochaine étape consiste à contribuer à structurer une chaîne d’approvisionnement où producteurs, acheteurs et partenaires sectoriels peuvent partager la valeur et réduire les risques.






